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u mexique, quelque part entre 1890 et 1914... un ancien révolutionnaire irlandais désabusé en exil profite de son expérience de maîtrise des explosifs pour louer ses services aux miniers mexicains. Il rencontre un bandit paysan mexicain (apparemment) irresponsable et face aux prémisses de la révolution Zappatistes, ils se retrouvent tous deux associés malgré eux dans cette révolution et érigés au rang de héros révolutionnaires. Une grande amitié naît entre eux, alors même que les troupes du gouverneur s'organisent pour une véritable répression anti-révolutionnaire.
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971. Quelques années après la sortie de "Il était une fois dans l'Ouest", années pendant lesquelles Leone s'est évertué vainement à trouver des fonds pour réaliser son rêve, qu'il poursuit depuis 1967 : l'adaptation de "The Hood", roman de Harry Grey, qui deviendra "Il était une fois en Amérique". Leone, pour patienter, veut faire un nouveau western, mais, de peur de décevoir son public (conquis après la trilogie des dollars et "Il était une Fois dans l'Ouest"), préfère le rôle de producteur. Rapidement, le projet d'un western se transforme en "Il était une Fois… la Révolution". Un étrange concours de circonstances (d'après Leone, un véritable complot fomenté par United Artists et les deux interprètes principaux du film) propulse Leone à la réalisation à quelques jours du tournage. A ces perturbations s'ajoute des relations très difficiles entre Leone et Rod Steiger (un des deux interprètes principaux), qui atteignent leur paroxysme au cours d'une crise formidable qui arrête le tournage quelques temps, puis se calme. De leur collaboration difficile, aucun des deux ne gardera grief contre l'autre : Steiger rend un hommage à Leone par son jeu (en imitant celui-ci à son insu dans le film : le geste que Juan fait sans arrêt avec ses mains est en réalité un mime de Leone ; et Leone reconnaîtra de son côté que Steiger, "sans ses tics de l'Actor Studio", est "finalement formidable dans le film"). De cette grossesse difficile, Leone accouche d'un film imparfait, parfois assez peu aboutit, mais certainement l'un de ses plus profonds et le plus engagé (ou volontairement dégagé, si on joue sur les mots). Le réalisateur romain qualifiera lui-même ce film d'enfant handicapé, tout en soulignant que c'était son préféré en raison d'une anecdote qu'il raconte dans ses Conversations.
Pour beaucoup, Leone est le maître de l'esthétique mais ses films sont creux. Bien entendu, ce jugement est réducteur, et ce film en est le contre-exemple le plus flagrant de sa filmographie.
On déplore malheureusement, du fait de l'absence de temps de préparation du cinéaste, d'une esthétique assez peu aboutie. Qu'on se rassure, Leone n'en reste pas moins totalement maître, et même virtuose de l'expression cinématographique par tout ses moyens (images, son, musique, montage), comme en témoigne par exemple la scène des camions sous la pluie introduisant le flash-back de Sean / Coburn qui s'apprête à tirer sur les soldats anglais (ambiance parfaite dans la nuit avec éclairage aux phares des camions, Villega plus marqué par l'affaiblissement de son idéal que par la torture physique, long zoom sur les yeux de Coburn, musique "Sean Sean Sean", coup de feu confondus avec les tirs du peloton d'exécution, "dé-zoom", longs plans alternés de Coburn et Villega, avec coups de revolver rythmés du chef du peloton achevant les exécutés…), ou encore la scène de la grotte. Morricone compose d'ailleurs pour ce film l'une de ses partitions les plus reconnues. Mais en dehors des scènes fortes, il manque la petite touche qui faisait notre bonheur dans "Le Bon, la Brute et le Truand"…
Scénaristiquement, le ton Léonien est par contre au rendez-vous, avec plus de profondeur qu'à l'accoutumé, véritable avantage du film par rapport à "Il était une Fois dans l'Ouest". Non seulement le côté Commedia dell'arte est au rendez-vous, avec un duo qui tient parfois du comique (Steiger / Coburn, qui rappèle le duo mythique Wallach / Eastwood) mais atteint aussi le pathétique (Steiger) et le tragique (Coburn) avec autant sinon plus de force que les grands moments de "Il était une Fois dans l'Ouest".
Les grands thèmes de Leone sont toujours présents: poids du passé, appât du gain, conflit peuple / intellectuels et surtout amitié (on reconnaît dans ces thèmes la présence habituelle de Vincenzoni et Donati, scénaristes attitrés de Leone). "Il était une Fois… la Révolution" est l'une des études de Leone les plus approfondies sur l'amitié, après "Il était une Fois en Amérique": on assiste tout au long du film à la vie d'une amitié conflictuelle, de sa naissance à sa fin. Nous ne décrirons pas ici les étapes qu'elle traverse (qui est l'un des grands intérêts du film, ce serait donc le gâcher à ceux qui ne l'ont pas vu), mais il était important de souligner son importance dans le film : ce dernier a été souvent sous-estimé car on oubliait le principal fil conducteur: "Il était une Fois… la Révolution" est avant tout une histoire d'amitiés (amitié "entièrement décrite" Sean / Juan, et amitié "suggérée" entre Sean et son camarade irlandais).
Mais quelques chose de nouveau apparaît ici pour la première fois… ce n'est plus le Leone désinvolte de "Pour une Poigné de Dollars", ni le Leone chef d'orchestre de "Il était une Fois dans l'Ouest" qui dirige ce film… Mais un mélange des deux, et dans une plus large mesure un Leone plus "adulte", politiquement préoccupé. Ainsi, entre une scène comique et une scène tragique, on voit pour la première fois chez Leone une discussion exclusivement politique. Comme le titre le laissait supposer, c'est de la Révolution qu'il s'agit. Non pas de la révolution mexicaine, qui n'est qu'un prétexte, mais de la Révolution en générale, universelle. Le côté universel est d'ailleurs explicitement présent dans le film, de par l'existence de scènes inspirées d'actions réelles commises par le régime fasciste italien, de par les références aux autres révolutions (irlandaise grâce au personnage de Sean, chinoise par la citation de Mao du début du film). Malgré la tendresse avec laquelle Leone traite les révolutionnaires dans le film, il ressort de sa démonstration qu'il est non seulement désabusé, mais presque nihiliste tout en restant socialiste. Des quelques scènes explicites à ce sujet (surtout la longue réplique de Juan sur "les gens qui lisent les livres"), on retient que Leone ne croit pas en l'utilité de la Révolution, ni en aucune action sociale : "les gens qui lisent les livres" se retrouveront toujours au sommet, et les péons toujours en bas de l'échelle, sans aucun espoir pour eux. La scène finale est aussi très révélatrice à ce sujet, mais nous ne la développerons pas ici. Sachez tout de même que les titres italiens et américains (traduisibles par "dégage, connard") sont plus parlant pour cette scène (ils sont à prendre dans leur signification sociale, et non pas pour le comique de répétition).
Ainsi, "Il était une Fois… la Révolution", œuvre à part dans la cinématographie de Leone, n'en demeure pas moins indispensable à tout jugement d'ensemble sur le réalisateur (c'est l'un de ses films les plus personnels), qui contient tous les éléments pour une lecture purement "cinématographique" très riche, émouvante et comique, mais aussi des éléments de réflexion inédits chez Leone.
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