Le corbeau

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Titre original
 
Un film de
Henri-Georges CLOUZOT 
Genre
Peur sur le village  
Origine
France
Année de production
1943 
Durée
1h33 
Scénario
Louis Chavance et Henri-Georges Clouzot 
Production
René Montis 
Distribution
Continental Films 
Sortie France
28/09/1943 
 

Résumé

L

e docteur Germain, qui travaille dans une petite ville de province, recoit des lettres anonymes signées Le Corbeau l'accusant de plusieurs méfaits. Cependant il n'est pas le seul à en recevoir. Toute la ville est bientôt menacée et le fragile équilibre se défait, la suspicion règne. Le docteur Germain décide de mener une enquête, malgré le silence et la peur qui se sont abattues sur la ville.

Distribution

Artiste Rôle
Pierre FRESNAY Docteur Rémy Germain
Ginette LECLERC Denise Saillens
Pierre LARQUEY Docteur Michel Vorzet
 

Critique

par Franckie the Intruder
Sa note : /10
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...

I

l y a des films qui ont valu de sacrés ennuis à leur créateur. Ce fut le cas du "Corbeau", réalisé par l'inquiétant Henri Georges Clouzot en 1943, à une époque où la France ne vivait pas l'époque la plus glorieuse de son histoire.

Dans une petite ville de France, un "mystérieux" tordu, prend un malin plaisir à disséminer des lettres dénonçant les moeurs et pratiques douteuses de ses concitoyens. Tout y passe, adultère des uns et des autres, les pratiques des "faiseuses d'anges", et les multiples faits les plus sordides qui peuvent émailler et terroriser une population qui sombre très vite dans la psychose du facteur. Le médecin du village va tenter de découvrir qui se dissimule derrière cette immonde crapule.

Or cette histoire, volontairement métaphorique de Clouzot, avait pour but de dénoncer les pratiques courantes des français moyens de l'époque (de l'époque?), vis à vis de l'occupant nazi, à savoir les dénonciations des juifs entre autres, et accessoirement des voisins encombrants ou des inimitiés particulières que chacun pouvait ressentir. Il est connu maintenant que le champion du monde de la dénonciation anonyme, était notre état pétainiste, qui fit preuve d'un zèle inespéré, ce qui étonna même la Gestapo qui n'en attendait

sûrement pas tant. On appelait cela la "collaboration".

Ce genre de pratiques, que seuls quelques intégristes volontairement aveugles semblent vouloir toujours ignorer, est pourtant acquis, vues les découvertes qui ont été faites dans les archives de la Gestapo, à la fin de la guerre. Après nous avoir fait croire pendant toute notre scolarité des années 60, que tous les français étaient résistants, on se demandait comment la première armée du monde avait été anéantie en 3 semaines par la Wermacht.

Le Général Gamelin avait tenté de nous expliquer que les barbares nazis n'avaient pas respecté les règles élémentaires de la guerre en contournant la Ligne Maginot, et nous avaient attaqué par derrière, comble de l'infamie... En fait, tout simplement, nous avions une guerre de retard par rapport à l'ennemi, et nos illustres généraux avaient omis la règle essentielle pourtant séculaire, qui veut que la meilleure défense, ce soit l'attaque... Mais que de mensonges ingurgités pendant 40 ans.

Or la particularité du "Corbeau", c'est d'avoir raconté A L'EPOQUE, ce qui se passait vraiment en France, et paraît-il, Hitler et son entourage direct appréciait particulièrement ce film, qui selon lui, donnait une excellente idée du "comportement" des français, dans cette époque sinistre. C'était tout de même gonflé et le fait même de parler des tricoteuses et des moeurs

délurées de certains, auraient pu valoir les foudres du bon "Maréchal" et de son gouvernement extrèmement "pointilleux" et répressif sur certains sujets. Les allemends empêchèrent la censure du film, pour les raisons évoquées précédemment...Décidemment, Pétain était très coopératif...

Film très sulfureux, compte tenu du contexte et de l'époque, "Le Corbeau" est un film à plus d'un titre passionnant. L'intrigue et la galerie de personnages très bien campée (Ginette Leclerc, hypocondriaque et surtout nymphomane; et Pierre Fresnay, médecin de campagne ambigu) donnent une vérité et un réalisme troublants, auquel le cinéma français ne nous avait pas habitué alors.

L'audace du sujet, l'observation quasi sociologique des moeurs sous l'occupation, et l'hypocrisie du régime collaborationniste sont bien plus que suggérés...

Il n'empêche que Clouzot eu de sacrés ennuis à la libération, accusé d'avoir donné une mauvaise image de la France, devenue par la grâce du ciel, la patrie de la Résistance, et libérée d'une manière très accessoire par les alliés ("La France libérée par elle-même, avec le concours des Alliés", phrase historique cependant), et ayant servi la propagande allemande. Ca faisait beaucoup à une époque où on épurait beaucoup, et d'une manière très arbitraire, avec souvent les mêmes pros de la dénonciation, qui "collaboraient" cette fois dans l'autre camp. Certains appellent ça l'opportunisme...

Le purgatoire de Clouzot fut bref, et il put plutôt rapidement réaliser des films ("Quai des Orfèvres" - "Le Salaire de la Peur" - "Les Diaboliques"- "La Prisonnière"...).

En bref, on a failli perdre un très grand cinéaste, uniquement parce qu'il avait osé filmer des réalités pas très reluisantes à une époque extraordinairement difficile.

Chapeau bas Monsieur Clouzot, et votre oeuvre prouve que votre misanthropie était amplement justifiée. Un indice, en 1974, Louis Malle racontait l'histoire d'un crétin qui rentre dans la milice; 40 ans plus tard, le film "Lacombe Lucien" fit de nouveau scandale, pour les mêmes raisons.

Visiblement, on avait encore du mal à accepter qu'on puisse avoir été milicien... donc collabo en France...

Des petits trucs en plus

Film en noir et blanc.

Récompenses

+ de récompenses

 

Média

Note du film

Note
7.9/10
Nombre de votes
9

Chiffres

Box-office France
-
N'est plus en exploitation
? semaines d'exploitation enregistrées
Budget
-

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