Solo

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Titre original
 
Un film de
Jean-Pierre MOCKY 
Genre
Etudiants poil aux dents!  
Origine
Belgique, France
Année de production
1969 
Durée
1h29 
Scénario
Jean-Pierre Mocky et Alain Moury 
Production
André Weis, Jérôme Goulven et Jean-Pierre Mocky 
Distribution
CCFC Dijex 
Sortie France
27/02/1970 
 

Résumé

V

incent Cabral, violoniste mais aussi voleur de bijoux termine son voyage au Havre. Il doit rendre visite à son frère cadet Virgil, qu'il n'a pas vu depuis longtemps. Après avoir fait connaissance avec la jeune voisine de son frère, Vincent apprend que ce dernier est soupçonné de meurtre par la police. Le commissaire Verdier prend de suite l'enquête et prend en chasse les frères Cabral. Vincent, ne se doutant de rien s'engouffre dans l'engrenage des attentats perpétrés par les étudiants révolutionnaires. Il sait à présent qu'il ne retrouvera pas son cadet vivant, sa photo est sur toutes les chaînes de télévision.

Distribution

Artiste Rôle
Jean-Pierre MOCKY Vincent Cabral
 

Critique

par Julien LeShaman
Sa note : 9/10
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...

"

Solo" est à la fois un film exceptionnel et magnifique. Au lieu de tremper un saut de violence machinalement choquant, Jean-Pierre Mocky donne la parole aux émotions de ses personnages, pour la plupart caricaturés dans un monde gangrené à la suite de la révolution des étudiants de mai 68 ; une date dans l'histoire de France à ne pas nier ! Si Mocky manque d'audace dans certains propos, il se déchaîne dans des dialogues corrosifs à faire pâlir Michel Audiard. A la fois rapide dans une mise en scène millimétrée et réfléchie dans le choix de l'action, le réalisateur se met en scène avec fougue et virulence. C'est pour cela qu'il incarne un personnage de justicier, un violoniste à la merci des bourgeois, comme son frère qu'il tente de protéger à la suite d'un raid meurtrier lors d'une soirée mondaine. Il ne le verra jamais lors de son aventure dans la nuit urbaine et sera abattu sans précédent.

Revenons au début de ce film magistral et important dans l'histoire du thriller français :

La première scène, en plus d'être extrêmement violente pour l'époque, donne le ton au reste du récit. Abbas la bourgeoisie ! Pas de limites, nous autres étudiants, nous sommes des révolutionnaires et nous en avons marre d'être vu comme des polichinelles ! Même si l'interprétation n'est pas très subtil, on a longtemps reproché à Mocky sa mauvaise qualité de prestations, l'ambiance est pesante, là pour nous faire réagir. Le message est clair et trente cinq ans plus tard, le film n'a pas trop vieilli et se voit sans problème.

"Solo" réside aussi dans la machination de ses adversaires. Mocky est un homme simple, voleur de bijoux, pas au bon endroit ni au bon moment. Cela va très vite, l'essentiel est gardé sur pellicule et le film se déroule la nuit durant. La police met très vite la main sur le gang de révolutionnaires, emmené par le frère de Mocky, Virgile Cabral, qui a trucidé tous les bourgeois partouzeurs de la soirée précédente. Tout part de là.

Durant une heure trente, "Solo" se distingue des autres films français. Il se rapproche plus du " Z " de Costa-Gavras ou du CONFORMISTE de Bernardo Bertolucci que de la vague vaudeville française qui sévit sur le pays : Georges Lautner & co… Jean-Pierre Mocky, habile dans son personnage court après la mort pendant tout le film, se fondant dans un univers qu'il connaît mais qu'il n'ose pas approcher. Les étudiants sont devenus fous, ils se croient tout permis et leur audace n'a d'égard que leur amour-propre.

Même si le succès fut immédiat, "Solo" traîna longtemps dans les archives pour ses passages à la télévision. La censure fut encore virulente face au cinéaste qui fit interdire le film aux moins de dix-huit ans. On comprend pourquoi, inutile de revenir sur le sujet. Le film est tellement habité par une violence acide et palpable que les chaînes de télévision ne firent pas le premier pas pour le passer sur les ondes. On repense au Bourvil de LA GRANDE LESSIVE (!) où ce dernier " détruit " toutes les antennes de son village. Nous ne sommes pas loin de la réalité chez Mocky et durant toute la décennie 70, il sera méprisé par un pouvoir de l'image qui n'a pas l'habitude de voir les choses primaires de notre société sous un angle étudié. Jean-Pierre Mocky ose cracher où les autres essuient, il tire à boulets de canon un message clair et inventif, révolutionnaire et exacerbé. Et rien que cela mérite l'attention des jeunes cinéastes. "Solo" n'est qu'un exemple de bravoure qui se distingue par sa mise en scène enlevé, vive et véloce. Par son scénario extrêmement pointilleux qui consiste à décrire tout un paysage de vengeance, la nuit, dans un port du Havre puis dans une gare, à Reims. Des personnages à l'humour noir trempé de violence verbale, un Vincent Cabral (minutieux, interprété par Mocky himself) en roue libre et un flic (splendide Henri Poiret) à l'intelligence formelle. Tout un monde qui embrase l'univers américain du film noir ; genre que votre serviteur LeShaman aime et affectionne sous toutes les formes ! Le cinéma français a(vait) ce don de savoir nous faire réagir, et même si Jean-Pierre Mocky rend un certain hommage à Henri Decoin ou Jules Dassin, il nous transporte dans son propre univers machiste et insolent. Quand il se la joue violent, il dépeint aussi bien un tableau brossé à l'huile de mensonges qu'une France " d'en bas " à l'équilibre réactionnaire entre le bien et le mal. Dans le cas contraire, Mocky a tout comprit et se place du côté du mal pour redresser le bien. Chose faite dans le magnifique L'ALBATROS où son personnage côtoie et dénonce un certain circuit politique corrompu mais audacieux.

Pour en finir avec "Solo", j'ai le bonheur de vous annoncer qu'il s'agit d'une des plus belles partitions musicales de tous les temps. Ecoutez et laissez-vous bercer par ce chant et cette rythmique qui vous trottera dans la tête aussi longtemps que les chansons de Jean Yanne.

Et admirez cette fin, sur le quai de la gare de Reims… Vos yeux comprendront ce que la violence veut dire dans le cinéma français.

Des petits trucs en plus

Interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en salles.

Musiques de Georges Moustaki.

Premier film de l'après mai 68. Il fut encensé par la critique et la presse.

C'est le premier film policier de Jean-Pierre Mocky. Le cinéaste se met en scène aussi pour la première fois dans le rôle d'un justicier. Ses prochaines prestations seront dans "L'Albatros" où il incarne aussi un gangster en fuite, le mythique "Un Linceul n'a pas de poche" en 1974 ; "L'ombre d'une chance" et "Le piège à cons" où ce dernier rend une sorte d'hommage à ses deux personnages créés, Stef Tassel et Vincent Cabral.

Cliché Solo, transmis par Julien Le Shaman

Cliché Solo, transmis par Julien Le Shaman

Cliché Solo, transmis par Julien Le Shaman

Cliché Solo, transmis par Julien Le Shaman

Récompenses

+ de récompenses

 

Média

Note du film

Note
7.4/10
Nombre de votes
5

Chiffres

Box-office France
-
N'est plus en exploitation
? semaines d'exploitation enregistrées
Budget
-

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